REVUE DE PRESSE

REMUE.NET

Cycle de conférences proposé par Alexandra Badea à Mains d’Œuvres autour du thème de la surveillance.
Avec Stéphane Mercurio, Dominique Dolmieu, Gwenola Wagon et Stéphane Degoutin. Modération : Eric Demey de Mouvement.

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Interview de Stéphane Mercurio pour le film "À l'ombre de la République" par pure-channel

 


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DOUARNENEZ

« À l’ombre de la République » projeté en présence de sa réalisatrice Stéphane Mercurio

cinémamercredi 25 avril 2012





« À l’ombre de la République », ce documentaire de Stéphane Mercurio suit le quotidien du CGLPL (Contrôle Général des Lieux de Privation de Liberté). De prisons en hôpitaux psychiatriques, Jean-Marie Delarue, le contrôleur général, et sa quinzaine de contrôleurs, sondent le respect des droits fondamentaux des détenus et des patients. Pour la première fois, une caméra se rend dans les quartiers disciplinaires, les cours de promenades des prisons, dans le secret des chambres d’isolement des hôpitaux : l’hôpital psychiatrique d’Evreux, la centrale de l’île de Ré, la nouvelle prison de Bourg-en-Bresse… Monotonie désespérante des prisons modernes, banalité sordide des vieilles prisons, on perçoit, la gorge serrée, l’incroyable variété des contraintes qui s’imposent aux détenus, en plus de la privation de liberté.

Un premier scandale à Versailles

De ce tour de France carcéral, « À l’ombre de la République » dresse un bilan terrible, des carences financières aux réformes catastrophiques. Et l’on découvre que les travaux forcés n’ont pas tout à fait été abolis, ou qu’un détenu frappé de maladie psychiatrique est automatiquement privé de visites, ou encore que d’autres sont gavés de médicaments pour être plus malléables.

La réalisatrice engagée Stéphane Mercurio, à laquelle on doit déjà « À côté », tourné avec des proches des détenus de la prison des hommes de Rennes, a commencé son film à la maison d’arrêt pour femmes de Versailles en 2010.

Là, on entendait détenues et surveillantes parler à mots couverts d’un directeur qui passait beaucoup de temps avec une détenue, laquelle en tirait des privilèges exorbitants. Jean-Marie Delarue alertait les autorités : le premier chapitre d’un feuilleton qui conduira à la condamnation du directeur de la prison, amoureux de la détenue, Emma Arbabzadeh (l'appât du «Gang des barbares» dans l'affaire Ilan Halimi).

Mercredi 25 avril, La Salamandre, Morlaix. Jeudi 26 avril à 20 h 30, Le Bretagne, Saint-Renan. Vendredi 27 avril à 20 h 30, le Club, Douarnenez. Projections en présence de la réalisatrice.

 


 

presse Utopia

 


 

Ouest France2


 

presse Avocats mag


marianne 


Le+nvlobs

"A l'ombre de la République" dresse un bilan dramatique de la prison

 le 16-03-2012 > Par Thibaut Fleuret Critique cinéma

LE PLUS. "A l'ombre de la république" suit de près le Contrôle général des Lieux de Privation de liberté, une officine qui suit de près le respect des droits fondamentaux des détenus et des patients d"hôpitaux psychiatriques. La réalisatrice se demande ce que signifie être enfermé en France aujourd'hui et le constat est alarmant, selon Thibault Fleuret.


Stéphane Mercurio est une engagée. Ce statut se retrouve non seulement dans son parcours professionnel (elle a été rédactrice en chef du journal "La Rue") mais également dans sa filmographie.

Réalisatrice de nombreux documentaires sur des sujets qui interpellent ("A côté, Mourir ? Plutôt crever !"), elle propose à chaque fois un discours iconoclaste. Son dernier film, "A l’ombre de la République" ne déroge pas à la règle.

La cinéaste aime l’univers carcéral, "A côté" ayant pour cadre la prison des hommes de Rennes. Néanmoins, "A l’ombre de la République" ne va pas jouer la carte de la redondance. Pour elle, et cela paraît évident, ce monde est un miroir de notre société. En effet, le film prend un angle d’attaque différent, comme si elle souhaitait parcourir de manière exhaustive les enjeux de ce milieu dur.


Des militants pour une justice fiable et efficace


En suivant le Contrôle Général des Lieux de Privation de Liberté, c’est bel et bien une vision institutionnelle qui est convoquée. Ce groupe apparaît alors comme fondamental. Il est légitime de croire au bien fondé de la mission du CGLPL. La France étant en théorie un ardent défenseur des droits de l’Homme, les prisonniers, malgré leurs fautes, doivent recevoir de bons traitements. Surtout, ses membres font preuve d’une indépendance, d’une compassion et d’une réflexion bienvenues.

Recueillant des témoignages au plus près de la source, militant pour une justice fiable et efficace, croyant aux principes cruciaux d’une démocratie, les contrôleurs sont des outils au bon fonctionnement de nos institutions. Mais derrière le travail institutionnel, il y aussi l’humain. Ecoute, aide, compréhension sont au cœur du projet du CGLPL. Ce dernier a donc également pour vocation de cultiver la vie, peut-être l’espoir, quand elle pourrait être absente. La France a, ainsi, besoin de ces hommes et de ses femmes Peu médiatisés, ils font un travail de l’ombre remarquable. A l’ombre de la République a ce premier mérite, celui de faire connaître ces travailleurs et leurs missions.


L'avis des prisonniers 


Stéphane Mercurio ne s’arrête pas là car elle va doubler son enjeu de représentation en allant de l’autre côté des barreaux. Ici, ce sont les prisonniers qui sont entendus en proposant des discours sur les nombreux dysfonctionnements pratiques, législatifs et judiciaires. Néanmoins, malgré les difficultés, ils vont savoir rester dignes. En effet, ces individus ne vont pas se cacher derrière leur condition. Ils ont pleinement conscience de leur statut et ils l’assument.

Cette démarche est d’autant plus "normale" que ce comportement est la matrice essentielle de la filmographie carcérale. Bien sûr, il faut aussi prendre en compte le fait que la réalisatrice a parfaitement choisi sa distribution et a élaborer un gros travail de montage. Le plus intéressant ne trouve finalement pas à ce niveau.

Ce qu’il faut prendre en compte, c’est que les entretiens théorisent la démarche documentaire. La cinéaste choisit de ne pas être exhaustif et préfère émettre un point de vue fort. Tant mieux, c’est ce que l’on demande à un réalisateur de documentaire. Nous sommes bien loin d’une identité propre au reportage télévisuel, condescendant, misérabiliste, vulgaire et racoleur.

 

Derrière ces aspects humains, "A l’ombre de la République" convainc également par sa mise en scène. Elle participe pleinement à la construction du propos et, surtout, interroge une condition, le devenir mortifère. Le premier et le dernier plan sont, à ce titre, pleinement réfléchis. En effet, ils se répondent parfaitement en enfermant, non pas le prisonnier mais l’Homme dans ce lieu de privation.  


Un jeu sur le flou


Entre ces deux partis pris, le dispositif tout entier va jouer une carte intelligente, maligne et réflexive. Ainsi, la caméra joue sans cesse sur le flou, signifiant par la même occasion la frontière entre vivant et mort. La réalisation cinématographique est, surtout, entrecoupée par des photographies au cadre évocateur.  

Si cette dernière donnée convoque de manière franche le cloisonnement, un aspect théorique puissant est à relever. En effet, comment ne pas y voir une convocation de Roland Barthes ? La démarche photographique pose, ici, un constat où le prisonnier en tant qu’objet a eu une existence. La conclusion est simple : les discours énoncés par les protagonistes sont véridiques. 

Pire encore, la temporalité d’une photographie implique forcément le passé. Le prisonnier ne possède donc plus cette lumière vivifiante. Et derrière lui, l’Homme est plus qu’enfermé. Il s’efface, tout simplement. Il est remplacé par l’animal dont la sémantique est employée par les interlocuteurs eux-mêmes. Personne ne peut sortir indemne d’une prison et Stéphane Mercurio en est persuadée. Son film dresse un bilan dramatique. La prison comme lieu de vie ? Pas si sûr.

 

"A l’ombre de la République" est un documentaire consciencieux, autant dans son discours que dans son dispositif. Il émeut, provoque la réflexion et change notre regard. Surtout, il nous fait comprendre que la vie est au-dessus de tout. Le film, en cette période cruciale, apparaît comme nécessaire et citoyen et rappelle qu’il n’y a pas de faux débat.



France Inter

 


On aura tout vu
France inter le 10/03/2012

 

Christine Masson

A l’ombre de la République déjà diffusé l’an dernier, signé Stéphane Mercurio c’est une femme, qui a suivi les contrôleurs de lieux de privation de liberté, autrement les hôpitaux, les prisons les centres de rétention pour les étrangers, des hommes et des femmes chargés de s’assurer du respect des droits fondamentaux de ceux qui n’ont plus la parole et qu’elle fait s’exprimer d’ailleurs…

Laurent Delmas

Absolument… et elle les fait s’exprimer avec un procédé qui apparemment en gène certains mais beaucoup du côté de l’administration pénitentiaire. Certains festivals même ont supprimé ce film, on est un petit peu sidéré parce que Stéphane Mercurio, avec leur accord évidemment, a décidé que les visages des détenus ne seraient pas floutés ) des détenus ou des malades ne seraient pas floutés comme c’est souvent le cas dans les films qui parlent de la prison où l’on estime qu’il ne faut pas montrer le visage abominable de ces délinquants. Stéphane Mercurio prend le contrepieds et ça donne un portrait de ce qui se passe le titre en indique quelque peu A l’ombre de cette république que nous aimons par ailleurs, mais ils se passe des choses assez sidérantes, on fait vivre les gens - on le sait, mais il faut le redire de temps en temps – dans des conditions absolument incroyables et puis il y a par exemple vous savez on travaille dans les prisons ) une prison de femmes à Versailles un centre de réponses téléphoniques, c’est-à-dire que pendant des journées entières, on demande à des détenues femmes de répondre à des gens qui sont en liberté pour leur présenter les résultats d’un sondage- je trouve cette scène abyssale et c’est en notre nom que cela se commet pour un salaire évidemment de misère. Il faut aller voir A l’ombre de la République pour avoir les yeux grand ouverts en cette période électorale.

Christine Masson

Et ben dis-donc !


Apresse Canard Enchainé


 

Apresse Libération


 

Apresse Télérama


Apresse Inrocks


Apresse LaCroix


 

Apresse Le Monde


Apresse Huma


 

Apresse Premiere1


Apresse Officiel des Spectacles


Apresse Pariscope1


 Apresse FigaroScope


basta 

A l’ombre de la République, ou l’industrialisation de la captivité

PAR NOLWENN WEILER (7 MARS 2012)

En mettant ses pas dans ceux des contrôleurs des prisons, la réalisatrice Stéphane Mercurio a pu entrer et filmer très librement des endroits souvent oubliés : maison d’arrêt, hôpital psychiatrique, centre pénitentiaire... Elle a ramené de ces lieux invisibles un documentaire dense et touchant. Au fil duquel, aux côtés des contrôleurs, nous allons à la rencontre de celles et ceux qui sont aussi privés de parole.

« Monsieur, je vous écris pour vous signaler que mes conditions de détention ne cessent de se dégrader », « Si j’ai décidé de vous contacter, c’est que le quotidien, ici, n’est plus supportable » …. En trois ans, plus de 3000 lettres ont été adressées au contrôleur général des lieux de privations de liberté (CGLPL), Jean-Pierre Delarue. Des extraits de ces appels à l’aide résonnent dans le documentaire A l’ombre de la république, réalisé par Stéphane Mercurio, qui sort en salle ce 7 mars.

Nommé en 2008 par le président de la République (à la demande des Nations unies), Jean-Pierre Delarue est entouré d’une trentaine de personnes qui arpentent, au fil des mois, les prisons, centres de rétention, établissements de santé mentale, locaux de garde à vue. Les contrôleurs restent en moyenne 5 jours dans une prison ou un hôpital ; ils y mènent environ 60 entretiens individuels avec des personnes privées de liberté et des membres du personnel. La majorité des visites sont faites de manière inopinée. La plupart du temps, le CGLPL est saisi par la personne privée de liberté elle-même.

Zones de non droit

« Chaque année, 340 000 personnes prennent le chemin d’un lieu de privation de liberté » rappelle Jean-Pierre Delarue. « Notre mission, c’est d’aller les rencontrer, et de nous assurer qu’ils sont traités comme des êtres humains. » Dans les images glanées par Stéphane Mercurio, revient, comme un triste refrain, le besoin fondamental d’avoir la parole. De parler et d’être entendu. « On nous dit toujours que, pour améliorer les prisons il faudrait des milliards et des milliards. Mais qu’il n’y a plus de milliards et que, par conséquent, on ne peut rien changer, note Jean-Pierre Delarue. Pourtant, beaucoup de réformes pourraient être menées sans dépenser beaucoup d’argent. Prendre le temps d’écouter les gens par exemple, ne coûterait pas tellement cher. »

Les détenus qui parlent dans A l’ombre de la République racontent les douches qui ne fonctionnent pas, le droit très aléatoire de passer des coups de fils, les passe-droits dont bénéficient certains prisonniers, la cantine qui coûte trop cher... Autant d’atteintes quotidiennes à leur dignité qui brisent leur confiance en eux, et en les autres. Le non respect, c’est aussi cette personne hospitalisée en hôpital psychiatrique à qui on interdit de prendre son dessert, son fromage et son café, simplement parce qu’elle n’a pas terminé son plat de résistance...

60h de travail payé 90 euros

Le documentaire de Stéphane Mercurio rappelle aussi que le droit du travail ne s’applique pas en prison. Certaines détenues y remplissent par exemple toute la journée des cartons de « cochonnets » (de pétanque) pour… 3 euros le carton. Sachant qu’on ne peut apparemment faire que deux cartons par mois ! « Nous avons inspecté environ 1500 bulletins de paie, détaille Jean-Pierre Delarue. Les trois quarts des gens étaient en dessous du salaire minimum normalement en règle dans les prisons. » Salaire minimum inférieur de près de deux fois à celui qui prévaut dehors, soit environ 500 euros par mois. Une détenue travailleuse apparaît à l’écran : elle touche, pour 60 heures de boulot dans la semaine... 90 euros !

Avec A l’ombre de la République, nous entrons aussi dans la prison flambant neuve de Bourg-en-Bresse, qui devrait à terme recevoir plusieurs milliers de détenus. Dans ces lieux, où l’on distribue des médicaments visiblement (trop) facilement, les liens humains sont très distendus. Voire inexistant. Les espaces à contrôler sont plus étendus. Et le personnel moins fourni. Les surveillants se retrouvent seuls et parfois peu rassurés. Du coup, ils y vont moins et les détenus n’ont personne à qui parler. «  Les détenus se sentaient plus à l’abri dans les anciennes prisons, souligne Jean-Pierre Delarue. Avec les nouvelles constructions, ils ont gagné en confort mais ont perdu en relations humaines, alors que c’est un élément essentiel pour assurer une sortie dans de bonnes conditions. On a troqué la vétusté contre l’isolement. Et tout le monde en souffre, personnel compris. » Jean-Pierre Delarue plaide pour un arrêt de ce qu’il appelle « l’industrialisation de la captivité ». Pour le moment, le gouvernement n’y est pas encore résolu.

On ressort de ces lieux interdit par l’abandon dont ils semblent être l’objet, surpris par l’humanité qui y subsiste malgré tout, et impressionné par le bien que les contrôleurs semblent faire aux personnes enfermées, en prenant simplement le temps de les écouter. Reste aussi cette question inconfortable, posée par l’un des protagonistes du documentaire : « Comment espérer qu’un homme sorte de prison meilleur, dans ces conditions ? »

Nolwenn Weiler


 froggys

Nelson Mandela disait qu’on ne pouvait pas connaître un pays si on ne connaissait pas ses prisons.

"À l’ombre de la République", le film de Stéphane Mercurio qui suit les membres du CGLPL dans leur mission d’enquête permettra aux Français de voir l’état - déplorable - de leur dite démocratie.

Le CGLPL, c’est le Contrôle Général des Lieux de Privation de Liberté. Créée en octobre 2007, cette autorité administrative indépendante a commencé son activité en 2008. À sa tête, un contrôleur général, Jean-Marie Delarue, anime une équipe d’une trentaine de contrôleurs qui a pour mission de visiter les 5 à 6000 lieux de privation de liberté que compte la France. C’est donc dans les prisons, les hôpitaux psychiatriques ou les commissariats que peuvent intervenir ses membres.

Stéphane Mercurio a pu les suivre dans quatre lieux : la maison d’arrêt de Versailles, l’hôpital psychiatrique de la Navarre à Évreux, le centre pénitentiaire de Bourg-en-Bresse et la centrale de Saint-Martin-en-Ré.

Le constat est terrible et ceux qui, au lieu de regarder les reportages floutés et scénarisés qui font les beaux jours des émissions de "reportage" pour télés acquises au tout-sécuritaire, partageront le regard de la cinéaste en tireront une conclusion simple : enfermer n’est pas une solution mais un problème. Ils verront concrètement ce qu’est une prison et un prisonnier, exploreront comme les membres de la CGLPL un continent de misère sociale qui ne peut qu’interroger sur le sens des sociétés modernes, ce qui tout à l’heure amenait à utiliser une expression polémique : "la dite démocratie".

Il faut entendre la résignation pleine de dignité d’un vieux prisonnier de l’île de Ré, là depuis des décennies pour expier une faute de jeunesse et qui a eu le malheur d’être jugé à un mauvais moment et le malheur supplémentaire de n’avoir pas d’argent pour qu’un avocat l’extirpe de sa nuit.

En suivant pas à pas les membres du CGLPL, en s’inscrivant uniquement dans leur optique, celle du respect des droits fondamentaux, Stéphane Mercurio peut dire beaucoup sans épouser une thèse particulière. C’est au spectateur de se faire son opinion sans être téléguidé par les a-priori habituels.

Curieusement, même si avec si peu de membres pour autant de cibles potentielles on se doute que le CGLPL ne peut résoudre que quelques cas et fait surtout témoignage, on a l’espoir assez fou que son travail n’est pas inutile et pourrait servir de base à une autre politique carcérale loin du niveau zéro de la pensée qu’est le tout-répressif actuel.

Mais ceci éloigne du cinématographique et mène à la politique... Reste qu’"À l’ombre de la République" est un très bon documentaire, un documentaire citoyen. On pardonnera à ceux qui n’iront pas voter en avril, pas à ceux qui n’iront pas voir ce film en mars.

Philippe Person


expresstudiocinelive

Par Emmanuel Cirodde (Studio Ciné Live), publié le 06/03/2012

Ils sont une poignée à surveiller des milliers de sites. Ex-gendarmes, cadres de l'administration pénitentiaire ou médecins, les contrôleurs du CGLPL (Contrôle général des lieux de privation de liberté) inspectent prisons, commissariat ou hôpitaux psychiatriques. Ce document suit leur travail salutaire, et non content d'aligner des faits objectifs, s'immisce dans des échanges de paroles poignants entre des détenus et ces contrôleurs. En résulte, comme on peut s'y attendre, un portrait en creux édifiant des lieux d'enfermement en France.


20min

L'enfer derrière les barreaux

Stéphane Mercurio a suivi des agents du Contrôle général des lieux de privation de liberté dans A l'ombre de la République, un documentaire passionnant. La réalisatrice de Mourir ? Plutôt crever ! est allée de prisons en hôpitaux psychiatriques pour y découvrir la réalité de détenus et de patients, dont certains ont accepté de témoigner à visage découvert. Elle a partagé leur quotidien souvent fait d'ennui, d'arbitraire et d'une solitude poignante dans ce film puissant, dont la réalisation sait se faire discrète pour laisser la part du lion aux contrôleurs et aux prisonniers.

C.V


evene evene4etoiles

Olivier Bailly

À moins d’y être fermement « invité » par la justice ou la police, on ne rentre pas facilement dans une geôle de la république. La réalisatrice Stéphane Mercurio, elle, a pu visiter avec sa caméra la maison d’arrêt pour femmes de Versailles, l’hôpital psychiatrique d’Evreux, la centrale de Saint-Martin de Ré et le centre pénitentiaire de Bourg en Bresse. Elle en a tiré ce film d’autant plus exceptionnel qu’il permet de suivre le Contrôleur Général des Lieux de Privation de Liberté (CGLPL), Jean-Marie Delarue, et une quinzaine de ses équipiers. Le CGLPL, autorité administrative indépendante - qui vient de rendre son rapport annuel -, a été créée par le législateur en 2007 « pour protéger les droits fondamentaux des prisonniers », rappelle Jean-Marie Delarue. Il est irrévocable et son mandat n’est pas renouvelable. Il peut visiter inopinément tous les lieux d’incarcération (trente contrôleurs pour 5 à 6000) et rédige des rapports qui remontent jusqu’aux ministères et qui, le film le montre, ne restent pas lettre morte. Certains détenus écrivent pour lui faire part de leurs conditions de détention comme ces femmes qui travaillent au mépris du droit le plus élémentaire. À Saint-Martin de Ré, une majorité de détenus purge des peines de trente ans sans perspective de réinsertion : « la prison nous met la haine. » A Bourg-en-Bresse, les gardiens passent comme des fantômes, on dompte les hommes à coups de calmants. « On construit des prisons modernes parce qu’on sait qu’il y a un programme immobilier derrière.» Ailleurs on psychiatrise d’office. Quatre cas emblématiques et banals filmés avec la distance qui convient pour éclairer un sujet tenu à l’ombre lors de cette campagne électorale. Le débat est maintenant ouvert.

evene.fr


a voir a lire

Plongée en eaux troubles à la rencontre d’hommes et de femmes privés de liberté.

’’Qu’est ce qu’être enfermé en France au vingt et unième siècle’’, telle pourrait être la problématique du nouveau film de Stephane Mercurio, l’ombre de la république. Après avoir exploré le milieu carcéral de l’extérieur (son précédent film, A côté, suivait les familles de prisonniers dans leurs visites, avant et après leurs parloirs), la cinéaste traverse le miroir et filme l’envers du décor. Voyageant partout en France, Stephane Mercurio finit par fixer ses quatre points cardinaux cinématographiques : la Maison d’arrêt de Versailles, l’hôpital psychiatrique de la Navarre d’Évreux, le Centre Pénitenciaire de Bourg en Bresse, et la Centrale de Saint Martin de Ré. A l’arrivée, des témoignages plus vrais que natures, pour certains à visage découvert, restituant l’image et le son aux oubliés de la République. Un film rare et nécessaire avec une seule et même question en toile de fond : la prison, reconstruction ou destruction ?

Estelle Charles
avoir-alire.com 


il etait une fois le cinema

 Jean-Max Méjean 3 étoiles

Dans À côté, des visiteurs(euses) attendent leur parloir. Dans À l’ombre de la République, la réalisatrice accompagne le récent CGLPL (Contrôle Général des Lieux de Privation de Liberté, créé en 2008) lors de ses visites des lieux de rétention tels que prisons ou hôpitaux psychiatriques. Comme la loi l’y autorise, ce Contrôle peut aussi visiter les commissariats mais, contrairement aux ministères de la Santé et de la Justice qui ont donné leur accord, la caméra de Stéphane Mercurio n’a pu entrer dans un commissariat car le ministère de l’Intérieur s’y est opposé. Mais ce qu’elle montre dans quatre lieux de privation de liberté en France est éloquent : La Maison d’Arrêt de Versailles (prison pour femmes), l’Hôpital psychiatrique de La Navarre à Evreux, le centre pénitentiaire de Bourg-en-Bresse et la Centrale de Saint-Martin-de-Ré. Suite à de nombreuses lettres adressées au Contrôle supervisé par Jean-Marie Delarue, contrôleur général, ancien auditeur au Conseil d’État, maître des requêtes et conseiller d’État, une équipe est diligentée pour rencontrer les prisonniers. Ainsi, à la prison de Versailles (54 personnes détenues pour 76 places, dont 60% de femmes en attente de jugement), il ressort que le directeur a ses favorites et on assiste aux entretiens qui permettent de faire un peu de lumière sur ce dysfonctionnement. Et ce sera partout la même démarche, d’où il ressort que la prison ou l’hôpital psychiatrique, faute de moyens et de formation, ne sont pas des lieux d’accueil ou d’aide, mais des lieux d’enfermement qui peuvent transformer les résidents en fauves, en zombies ou en personnes recluses, suicidaires ou désespérées. D’où le titre sans équivoque de À l’ombre de la République,  constat d’un état de fait qui éclate au grand jour, et avec beaucoup d’émotion, dans l’épisode sur la Centrale de l’île de Ré où la plupart des prisonniers ont pris de lourdes peines voire perpète. 
 

La caméra particulièrement sobre de Stéphane Mercurio arrive à nous offrir des images émouvantes, dans les confrontations de ces prisonniers qui ont tant à dire, tant à confesser, dans l’attente d’une séance de soutien psychologique ou d’un peu d’humanité qui ne vient jamais dans la solitude des prisons. Et les personnes que les visiteurs ont rencontrées, et qui ont bien sûr toutes donné leur autorisation pour être filmées, sont toutes à la fois attachantes et farouchement intelligentes. C’est là le but de ce film qui, à lui seul, porte un œil très critique sur la justice et le mode carcéral français, tente une ébauche de solution, notamment par le biais de ces femmes et hommes de bonne volonté du CGLPL. Et surtout, il libère la parole longtemps contenue de personnes en détention que l'on n’écoute pas, pourtant des humains comme nous à qui nous devons assistance et aide en cas de besoin. La caméra montre ici un monde presque absurde où prisonniers et gardiens se regardent parfois en ennemis, même si un sourire tend à fleurir de temps à autre, ou au moins une marque d’humanité. Pas étonnant que le film ait reçu le soutien de la plupart des organismes humanitaires comme le Secours Catholique, la Cimade, Emmaüs, la Croix Rouge française, etc. Et c’est avec impatience que nous attendons la sortie du court-métrage (11 min.) Avec mon p’tit bouquet, avec Zazie et Xavier Matthieu, sur le séjour en prison d’une femme qui en sortira à la fois victorieuse et vaincue. Encore une manière de demander : prison, où est ta victoire ?

 

iletaitunefoislecinema.com


lepoint
"À l'ombre de la République" - Derrière les murS

Documentaire. Film de Stéphane Mercurio. Sortie le 7 mars.
Le Point.fr - Publié le 06.03.2012 )  Par 

La maison d'arrêt de Versailles, l'hôpital psychiatrique d'Évreux, la centrale de l'île de Ré, la prison ultramoderne de Bourg-en-Bresse... Dans ces lieux où des hommes et des femmes sont parfois enfermés depuis des décennies, la documentariste Stéphane Mercurio accompagne ceux qui travaillent au sein du CGPL : le Contrôleur général des lieux de privation de liberté. En premier lieu son responsable : Jean-Marie Delarue qui, jusqu'alors, s'était toujours refusé à la présence d'une caméra à ses côtés...

Pour la première fois, un film est donc consacré au travail de ces contrôleurs qui, avec les moyens du bord, veillent à ce que soient respectés les droits des détenus, des malades mentaux, de tous ceux qui sont privés de liberté. Passionnant, pudique, dépourvu de voix off surplombante, À l'ombre de la République, le bien-nommé, donne à voir la réalité de l'enfermement en France et donne à entendre les témoignages souvent bouleversants de ceux qui survivent entre les murs. Résultat : un documentaire important qui témoigne des dysfonctionnements trop souvent passés sous silence qui affectent certaines de nos institutions. Passionnant et... accablant.

lepoint.fr


 

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"A l'ombre de la République" : la vie sans liberté
Critique | LEMONDE.FR | 06.03.12

Diffusé il y a un an sur Canal+, ce film n'a rien perdu de sa force. La réalisatrice Stéphane Mercurio a suivi les équipes du contrôleur général des lieux de privation de liberté. Sous ce titre kafkaïen se cache l'un des rares antidotes à la logique carcérale : un haut fonctionnaire indépendant de toute autorité, habilité à pénétrer dans tous les endroits dont les occupants n'ont pas le droit de sortir et à saisir les autorités en cas de manquement au droit.

Le poste, créé en 2007, est occupé pour six ans par Jean-Marie Delarue. Assisté de contrôleurs issus de la gendarmerie, de la magistrature, de l'administration pénitentiaire, on le voit à l'œuvre de maison d'arrêt en hôpital psychiatrique, de centrale en centre de détention.

En suivant ce guide, on arrive directement au cœur des conditions carcérales, et l'on découvre que les travaux forcés n'ont pas tout à fait été abolis, qu'un détenu frappé de maladie psychiatrique est automatiquement privé de visites, que les condamnés à de longues peines ont en partage une extraordinaire facilité d'expression qu'ils exercent dans un silence assourdissant.

Stéphane Mercurio tire parti des contraintes de son tournage, des visages qui veulent échapper à la caméra, de la monotonie désespérante des lieux modernes, de la banalité sordide des vieilles prisons, pour établir la dramaturgie de son film : l'équipe du contrôleur général arrive, pose ses questions, tire ses conclusions. On perçoit ainsi l'incroyable variété des contraintes qui s'imposent aux détenus, en plus de la privation de liberté, et le peu de ressources dont ceux-ci disposent pour recouvrer un peu de leur place en société.

Peut-être pour la récompenser de sa rigueur, les dieux du documentaire ont fait ce cadeau à Stéphane Mercurio : sa première étape l'a amenée à la maison d'arrêt pour femmes de Versailles en 2010. Là, on entend détenues et surveillantes parler à mots couverts d'un directeur qui passe beaucoup de temps "en détention" (avec les détenues) et de privilèges exorbitants. Jean-Marie Delarue dit sa volonté d'alerter les autorités.

A l'ombre de la République saisit ainsi le premier chapitre d'un feuilleton qui conduira à la condamnation du directeur de la prison, convaincu d'avoir fait passer une puce téléphonique à une détenue, Emma Arbabzadeh, incarcérée pour avoir attiré Ilan Halimi dans un piège pour le compte du "gang des barbares".

Ce passage sous la lumière d'un fait divers fameux ne doit pas détourner du propos essentiel du film, qui montre comment, à l'ombre de la République, les citoyens deviennent des ilotes.

Thomas Sotinel
 lemonde.fr


A NOUS PARIS

presse A Nous Paris2

 


 

presse Fiches du Cinéma


 

Ouest France

 


Texte de Loic Wacquant, sociologue, professeur à l'Université de Californie de Berkeley.

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presse ASH

http://www.ash.tm.fr/


 

nouvelobs.com
2 mars 2012 - Laurent JACQUA
A L’OMBRE DE LA REPUBLIQUE…

Aujourd’hui j’ai rencontré et interviewé Stéphane Mercurio pour son film « A l’ombre de la République », documentaire qui sort dans les salles le 7 mars. Un film rare et réaliste sur la prison et les lieux d’enfermement. On y voit enfin des prisonniers (ères) ou malades psychiatriques qui parlent librement de leurs conditions, et on se rend compte par l’image de l’ampleur du désastre et de l’indignité de ces lieux terribles où sont pourtant enfermés des êtres humains, des citoyens, on perçoit surtout l’abandon dont ils font l’objet, comme si ils n’appartenaient déjà plus au monde social.

C’est un film qui suit les contrôleurs de la CGLPL (Contrôle général des lieux de privation de liberté) dans leur travail d’enquête et on découvre petit à petit l’univers carcéral dans toute son horreur, dans toute son incohérence. Il faut absolument aller voir ce film comme une sorte d’instruction civique et surtout pour « écouter » ces malades psychiatriques, ces femmes détenues travaillant pour une misère, ou ces longues peines de la centrale de l’île de Ré. Ils ont des choses à nous dire comme une alerte, car si l’on permet à l’Etat de traiter  ces hommes et ces femmes de cette façon, il ne faudra pas se plaindre qu’un jour il nous fasse la même chose…

Merci à Stéphane Mercurio pour ce film vrai, qui, sans tabou, nous montre brutalement ce qui se passe derrière les murs de la honte.

L’interview









 http://laurent-jacqua.blogs.nouvelobs.com/


mediapart 

 

A l’ombre de la République

 2 Mars 2012 par Guy Baudon 

La première énigme d’un film, c’est son titre. Si on dit : « Untel a été mis à l’ombre », on comprend qu’il quitte momentanément la société et que ça a à voir avec la prison.  Si on dit « A l’ombre de la République », on peut comprendre « hors de la République », ce qui est tout autre chose. La prison serait alors considérée comme une zone de non droit. L’ambivalence du titre est formidable car il énonce deux caractéristiques essentielles du film : il s’agit de prisonniers qui paient pour leurs actions illégales : c’est républicain. Mais la manière dont ils sont traités n’est pas toujours très républicaine !

Comment le savoir ? Il existe une Autorité administrative indépendante sous la direction de Jean Marie Delarue et composée d’une trentaine de contrôleurs issus d’horizons professionnels très variés. Elle se nomme « Le Contrôleur général des lieux de privation de liberté » (CGLPL).  Ils sont indépendants, ils ont un libre accès à tous les prisonniers sans restriction, de jour comme de nuit, sans la présence du personnel d’encadrement et ils ont pour mission d’écrire à l’issue de leur visite un rapport relatant les faits constatés. Comme le mentionne Jean-Marie Delarue, et l’ordre est important, il s’agit « d’écoute, d’enquête, de constatations suivies de mises en garde auprès de l’administration responsable ».

La réalisatrice, Stéphane Mercurio, s’est donné pour projet de les suivre. Elle a accompagné avec une caméra et un photographe les membres de cette autorité administrative à la Maison d’arrêt de Versailles, à l’hôpital psychiatrique de la Navarre à Evreux, au Centre pénitentiaire de Bourg-en-Bresse, à la Centrale de Saint-Martin de Ré.

Ce qui nous frappe d’emblée dans le film c’est la qualité de la relation entre contrôleurs et détenus. La parole du prisonnier ou de la prisonnière, ses silences, ses constats, sa virulence et parfois sa colère sont entendus et pris en compte. Cette écoute de la part des contrôleurs n’a pas pour but de laisser libre cours à je ne sais quels délires spectaculaires qui pourraient être d’ailleurs compréhensibles de la part de certains prisonniers vu leurs conditions de détention. La réalisatrice a parfaitement compris qu’il s’agissait simplement de se caler sur le regard, les questions et l’écoute des contrôleurs-médiateurs. Ils ne sont pas là pour satisfaire je ne sais quel apitoiement ou pour entrer par effraction dans l’intimité des personnes. Ils sont là pour écouter et agir, ce qui n’empêche pas les sentiments, voire une réelle impuissance de leur part devant la souffrance humaine qui s’exprime. La caméra filme cela, le plus souvent sur le visage des contrôleurs, du fait de l’impossibilité de voir le visage des prisonniers pour des questions de droit à l’image.

Cette confiance, évidente, faite à ces contrôleurs indépendants, fait que les prisonniers s’expriment avec une clarté, une vérité, une justesse qui traduisent à la fois leur vécu et leur réflexion sur ce vécu, avec une économie de mots très pertinents qui n’exclut pas l’exaspération.

De cette relation « à hauteur d’homme » où chacun a sa place, surgit une parole authentique, sincère, intelligente qui exclut le mensonge, la tromperie, la paranoïa. Si c’était le cas, le spectateur le détecterait immédiatement. Conséquence : un prisonnier ou une prisonnière est considéré(e) ici en tant qu’homme ou femme, il ou elle est au centre du dispositif, et on l’écoute, on le ou la prend au sérieux, on n’a pas besoin de faire appel à des experts ou des spécialistes pour modifier les structures ! Il suffit d’aller à la rencontre de celles et ceux qui vivent quotidiennement et souvent depuis des années dans ces lieux.

Cette écoute est vécue par le spectateur comme réelle et vraie parce que la réalisatrice filme cette relation dans la durée. Les plans sont suffisamment longs et les photographies, sorte d’ « arrêts sur image », donnent au spectateur le temps de voir, de ne jamais s’apitoyer, mais de comprendre, de prendre conscience et donc de réfléchir, de se questionner. Pas seulement sur le sort des personnes mais sur les institutions carcérales de la République dont nous sommes tous responsables. Il y a là une dimension politique qui naît du film s’écrivant sous nos yeux. Il me paraît justifié d’attribuer ici à Stéphane Mercurio ce que disait Roland Barthes lors d’un hommage à Antonioni : « Le pouvoir, quel qu’il soit, parce qu’il est violence, ne regarde jamais ; s’il regardait une minute de plus (une minute de trop), il perdrait son essence de pouvoir. L’artiste, lui, s’arrête et regarde longuement, et je puis imaginer que vous vous êtes fait cinéaste parce que la caméra est un œil, contraint, par disposition technique, de regarder. » (in Cahiers du Cinéma. N° 311)

Du coup il nous arrive d’oublier que ce sont des prisonniers, au point que ce qu’ils disent et vivent nous touche, nous concerne, nous découvre à nous-mêmes, brise les clichés que nous portons tous sur les prisonniers et sur l’institution pénitentiaire. On se dit que cette micro société qu’est la prison est parfois la reproduction de ce qui se vit dans la société : les prises de pouvoir de quelques détenu(e)s sur leurs semblables, la dévalorisation du travail, les très faibles rémunérations qui en découlent, les avantages dont bénéficient certains prisonniers de la part du personnel, l’image de soi dévalorisée quoi qu’on fasse...

Cette prise de conscience naît de la relation à trois établie par le film : prisonnier, contrôleur, spectateur. Pas d’écoute sans contrôleur, pas de parole sans prisonnier, pas d’implication sans spectateur. Chacun est à sa place parce que, outre la durée des plans, la réalisatrice tient ses cadres et se tient à bonne distance. Souvent fixes, redoublées par les photographies, qui s’intègrent parfaitement au montage, ils nous mettent aux contact de ce qui caractérise ces lieux : les barreaux, les grillages, les couloirs, les portes métalliques, les cellules, les plafonds, sans oublier la résonnance des pas ou des appels à l’aide, du cliquetis de clés. Et on aura beau sortir à la fin dans une cour ou sous la neige, l’enfermement est bien là, toujours présent. Cette contrainte des cadres liée à la fois aux lieux et à l’intention de la réalisatrice (filmer à travers une fenêtre ou dans l’embrasure d’une porte) fait que ce qui s’y passe, la vie, devient central, le cœur brûlant du film. A une époque où il nous faudrait tout voir, délire panoptique, A l’ombre de la République nous dit : non pas tout voir, mais bien voir ou plus exactement mieux entrevoir.

« Je végète » dit un prisonnier de l’hôpital psychiatrique. Le premier dans le film qui a accepté que l’on voie son visage. Très nombreux sont les témoignages qui vont dans le même sens. Comment vivre l’aujourd’hui lorsqu’il n’y a aucun espoir. « Quand je vais à l’hôpital parce que je me suis cassé un bras, je ressors avec mon bras réparé. De la prison, je ressors non seulement avec le bras cassé, mais les deux bras cassés ! » « On paie nos erreurs, mais ne nous accablez pas davantage ; si vous tuez l’espoir, vous tuez l’homme. Il ressort encore pire. Vous créez des fauves ! » dit un autre dont les paroles sont relayées par de nombreux courriers dont des extraits, qui vont dans le même sens, sont lus off. Séquence close par le choix d’une lettre lue par Jean Marie Delarue : « Le plus dur pour moi va être de retrouver la confiance… Je n’ai plus envie de me remettre à croire que je vaux mieux que la prison ». La personne s’efface d’elle même. Après la révolte, sans doute, la soumission et l’effacement : plus de liens, plus de mémoire… « Ce que nous disent ces lettres, c’est le basculement infernal », conclut Monsieur Delarue.

Ecouter, donner la parole, faire confiance, briser les clichés, tenir des cadres, inscrire les plans dans la durée, favoriser la prise de conscience du spectateur, encourager l’action et l’engagement, n’est-ce pas l’une des fonctions essentielles du cinéma documentaire ?

http://blogs.mediapart.fr


presse Phare De Ré 2


presse Phare De Ré 3

 


 

presse Causette

http://www.causette.fr/
http://www.cglpl.fr/



presse alternat

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http://www.cglpl.fr/ 


 Liberation  Extrait 

SOCIÉTÉ Mercredi 22 Février 2012, à 12h00

Les droits fondamentaux, toujours pas d'actualité en prison 

Fouilles corporelles abusives, secret médical pas respecté, travail toujours précaire... Le contrôleur général des lieux de privation de liberté rend son rapport ce mercredi. *

Par LIBÉRATION - SONYA FAURE

Le contrôleur général des lieux de privation de liberté, Jean-Marie Delarue, publie ce mercredi midi son rapport annuel sur le respect des droits fondamentaux dans les prisons, locaux de garde à vue, centres de rétention administrative et établissements psychiatriques. Bilan: la situation ne s'arrange pas. Certains droits les plus élémentaires ne sont toujours pas garantis. Voici ce que l'on peut retenir des 300 pages du rapport. 

Sur le droit à l'image des prisonniers

Plusieurs producteurs et réalisateurs de documentaires ont dû mener un bras de fer avec l'administration pénitentiaire pour pouvoir diffuser leur reportage en prison sans avoir à flouter les détenus qui acceptaient d'apparaître à visage découvert. France 3 a même préféré déprogrammer le documentaire «Le Déménagement», face aux menaces de l'administration. Pour l'instant, seuls Canal + et la réalisatrice Stéphane Mercurio ont maintenu, en 2011, la diffusion de «A l'ombre de la République», qui sort en salle le 7 mars, sans que les visages soient floutés. Le contrôleur réagit à la polémique dans son rapport:
«L'administration pénitentiaire continue d'exiger le "floutage" systématique de leurs visages. Pourquoi le fait-elle? Pour protéger les victimes? Pour sauvegarder l'intérêt de la personne détenue? Nullement. La plupart du temps, elle serait bien incapable de trouver une raison en ce sens: elle connaît d'ailleurs mal le passé et l'existence et des unes et de l'autre. La vraie raison en est double: elle entend maintenir la personne incarcérée dans l'absence d'autonomie; elle veut continuer à lui donner son visage de criminel, c'est-à-dire précisément le portait de quelqu'un sans visage et sans humanité.» 

 

 * Rapport annuel 2011, publié aux éditions Dalloz


 

presse Studio Ciné Live

 http://www.cglpl.fr/ 

 


 

 

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Faire entrer une caméra en prison n’est pas une petite affaire. Dans son court métrage “Avec mon petit bouquet” produit par mille et une films, Stephane Mercurio nous montre l’entrée d’ une jeune femme en blanc,  qui souhaite passer avec son bouquet de fleurs par les portiques de sécurité. Cela sonne plusieurs fois, jusqu’à ce que le gardien fasse enlever les chaussures. La scène jouée par Zazie qui vient épouser son détenu de mari (l’ex syndicaliste des Contis, Xavier Mathieu, excellent dans le rôle)sonne juste, parce que documentée. Toute entrée en prison d’un regard extérieur se confronte à cette difficile acclimatation. La prison est un lieu construit pour enfermer, écarter de la société, “ accomplir “une peine” odonnée par un tribunal. Le portique électronique, c’est la frontière entre eux et nous. Au delà, on est “à l’ombre”. Ce sont les zones d’ombre de cette frontière qui sont en question dans le documentaire de Stephane qui sort en salle cette semaine. La réalisatrice a pu poser sa caméra dans les pas des contrôleurs des lieux de privation de liberté. Ils ont accès aux détenus et aux gardiens, aux directeurs et aux infirmiers. Dès le début, on est saisi par la qualité d’écoute des contrôleurs, la qualité de leur relation aux détenus. Ils sont là pour constater, enquêter sur le non respect des réglements, les atteintes éventuelles aux droits de l’homme. Leurs rapports seront transmis aux administrations concernées. Est ce que cela sera suivi d’effets? C’est une autre question et pendant le film on se met a compter : 30 contrôleurs pour 65 000 détenus. Ce qui compte, dans le film, c’est que ces contrôles nous permettent un regard neuf sur la prison qui n’est pas celui auquel la télévision nous avait habitué, fait de visites rapides avec des visages floutés, de paroles qui paraissent volées ou “clichés”. Ici, ni apitoiement, ni voyeurisme. Force du documentaire quand il trouve la bonne distance, le temps d’écouter et installe une relation à trois : le contrôleur, le détenu et le spectateur. Quand le contrôleur entre dans une cellule, il déplie le mètre pour mesurer la surface. Quand il interroge les détenus, ce qui surgit va à l’essentiel, au delà de l’application des réglements : l’absence d’espoir « On paie nos erreurs, mais ne nous accablez pas davantage ; si vous tuez l’espoir, vous tuez l’homme. Il ressort encore pire. Vous créez des fauves ! » crie l’un d’eux. Avec cette absence de sens donné à la peine de prison, on assiste à un basculement infernal dans l ‘effacement des personalités à coups de camisoles chimiques. Quand l’ombre est trop forte, c’est le tunnel de la disparition. L’absence de relations, quand on entend un detenu appeler un gardien qui ferme le quartier une fois le dernier repas distribué. Une feuille de papier glissée par la porte s’agite en vain. Le contrôleur lui même est filmé à la fin, enfermé, derrière la grille, attendant qu’il y ait quelqu’un pour le voir de l’autre coté de la caméra de surveillance. Parmi les grands films sur la prison, il y eut celui de Frederic Pottecher dans les années soixante, conçu spécialement pour faire évoluer l’opinion publique sur l’état désastreux du système pénitentiaire. Le pouvoir gaulliste s’ orientait alors vers la construction de nouveaux établissement comme Fleury Mérogis. Aujourd’hui, la prison est le dernier souci de ces élections présidentielles. C’est pourquoi il est urgent d’ aller voir ce film et de le faire voir .

 

A l’ombre de la République “ Un film produit et distribué par Iskra/ co production Canal plus. Diffusé en salles de cinéma depuis le 7 mars. lien vers le site : http://www.alombre.fr/

 

Photographie : Grégoire Korganow

 

Droit a l’image des détenus :

 

Un autre film sur la prison, le “Déménagement”, produit par Candéla, réalisé par Catherine Rechard attend toujours d’etre diffusé à la télévision. L’administration pénitentiaire a interdit sa diffusion sur les écrans tv  en vertu d’un article de loi  qui a pour but de protéger les victimes. On voit là encore  le souci d’effacer jusqu’aux visages des détenus  adultes qui prennent le risque que leur image et leur parole circulent librement. Jean Marie Delarue, délégué général du contrôle des lieux de privation de liberté commente cet article de loi et son interprétation souvent abusive et discrétionnaire par l’administration pénitentiaire :

 

“Les personnes détenues ne sont pas, durant leur détention, dépossédées de leurs droits fondamentaux. Mais on remarque que leur droit à l’image est bousculé, de manière d’ailleurs contradictoire : d’un côté l’administration pénitentiaire le méconnaît en réclamant le « floutage » a priori et systématique de ceux qui acceptent pourtant de parler à visage découvert ; d’un autre côté, les médias le méconnaissent en faisant étalage « d’affaires » judiciaires sans se préoccuper de l’accord des personnes en cause qui, le CGLPL est bien placé pour le percevoir dans ses visites ou dans les lettres qu’il reçoit, en subissent en détention des conséquences parfois très graves. En effet, la télévision, un des vecteurs cardinaux de l’information, rythme la vie dans l’univers clos de la prison. Et c’est avec une puissance démultipliée que ce qui se passe « dehors » se répercute et se transpose « dedans ».

 

Pourtant, le législateur de la loi pénitentiaire du 24 novembre 2009 a concilié, par son article 41, ce droit à l’image des personnes condamnées et le caractère insupportable de l’image que pourrait avoir la diffusion, notamment pour les victimes, du visage d’un criminel. Selon l’article 41, l’administration ne peut s’opposer à la diffusion de l’image d’une personne détenue que si elle a des motifs de croire que cette diffusion va provoquer des difficultés au regard du respect des victimes ou de l’intérêt du détenu lui-même.”.

 

L’administration pénitentiaire « peut » s’opposer. Elle n’en a pas l’obligation. Si aucune des raisons prévues par la loi pour refuser n’est justifiée, elle ne le doit pas. Pourtant, l’administration pénitentiaire continue d’exiger le « floutage » des visages des personnes détenues condamnées dans les conventions qu’elle fait signer aux opérateurs, ces mêmes visages qu’on voit bien s’afficher sur de nombreuses chaînes de télévision. Alors avant d’y procéder, faisons simplement ce que la loi nous impose : demander aux personnes concernées leur accord. A l’inverse, si des personnes condamnées souhaitent vraiment s’exprimer à visage découvert, pourquoi les en empêcher dès lors que le respect dû aux victimes et la sécurité ne s’y opposent pas ? Pourquoi ne pas leur laisser ici une autonomie ?

 

C’est pourtant exactement ce que le législateur de la loi pénitentiaire a fait : redonner aux personnes condamnées leur droit à l’image et ne s’y opposer d’autorité que « sous la seule réserve du respect de la dignité humaine ». Pouvoir exercer son droit à l’image, c’est reprendre possession de soi ; c’est participer à un premier acte de sa propre réinsertion. “

 

Jean-Marie Delarue. (extrait dossier de presse du film de Stephane Mercurio)

Ariel Nathan


 

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